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24.01.2008
A la mémoire de Marcel DELABY
Voici le texte lu par Julien DELABY lors de la cérémonie à l'église de Lens, à la mémoire de Marcel DELABY le Mercredi 23 janvier 2008
Né à Sallaumines le 6 octobre 1936 dans une famille de mineurs, Marcel est le 7ème et dernier de la fratrie, tous des garçons… tous destinés à la mine.
Enfant, il montrera une grande hardiesse dans ses jeux avec ses camarades, sur les terrils notamment où l’on sent poindre une graine de meneur.
Il atteint ses 14 ans et son certificat d’étude, il est temps qu’il entre au travail.
Son père est décédé l’année précédente, 50 ans : gazé en 14 et silicosé.
Marcel ne souhaite pas entrer à la mine, faute de trouver mieux ailleurs, il s’y résoudra quand même : six mois au triage, puis descente au fond. Il y fera l’expérience de plusieurs postes de travail dont celui de galibot de
géomètre dont il rêvait ! Son porion le repèrera vite, il lui suggérera même de reprendre des cours du soir.
Marcel fut donc mineur comme ses frères, il y restera 9 ans.
A la suite de Michel, son cousin, il découvre la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) où il montre un bel esprit d’initiative ; il est vite désigné trésorier de la section locale, lui qui n’avait jamais vu un mandat, qui n’avait jamais passé le seuil de la poste… « Tout ce que j’ai appris à la JOC ça m’a servi plus tard dans ma carrière professionnelle. »
La JOC, c’est aussi la rencontre avec Josette, jociste également, son amour, son épouse. Ils partageront le même idéal, les mêmes convictions, le même engagement, les mêmes tensions, la même solidarité en particulier dans la lutte contre la maladie. Ils auront trois enfants : Hervé, Clotilde, Yves, tous très proches de Marcel et Josette.
En 1960, Marcel quittera la mine : trop s’est trop, il veut quitter cette menace constante d’enfermement, plusieurs accidents au fond le convaincront de l’urgence de quitter la mine : « J’ai eu trois grandes peurs », dira-t-il,
notamment lorsqu’il fut pris seul sous un éboulement, dont il ne sortira que grâce à sa présence d’esprit.
Resté cependant admiratif des durs métiers de la mine, il racontera plus tard, sur Internet, avec des détails savoureux, le travail au fond de la mine. Il lisait avec respect « El’ première déchinte » un poème en patois d’Achille Saletzki, « C’est tout à fait ce que j’ai vécu ! » – Les élèves du collège Jean-Zay profiteront aussi de son témoignage d’ancien mineur.
Après un bref passage dans une entreprise de bâtiment il trouvera l’embauche aux laminoirs de Lens : toujours curieux de tout, s’intéressant aux techniques de fabrication, il sera vite repéré et estimé capable d’assumer des responsabilités : il prendra sa retraite en position de chef d’atelier. Il sera très fier de deux épisodes importants : tout d’abord celui de son voyage en Russie pour initier des ouvriers russes au maniement des machines utilisées à Lens ; puis, à la demande de la direction de l’usine, la mise sur informatique du processus de fabrication de l’usine afin d’en préserver la mémoire.
Après un logement provisoire, ils entreront dans leur maison construite par Coopartois au 5, rue Jules-Vallès à Lens. Une maison que Marcel embellira beaucoup, démontrant à nouveau ses qualités d’excellent bricoleur en tous domaines. C’est ainsi que plus tard il plongera (le mot n’est pas trop fort) dans l’informatique et Internet.
Ses qualités de bricoleur-dépanneur, il les mettra en oeuvre dans l’installation de ses enfants, chez des camarades, pour aider des amis à surfer sur Internet : « Y peut pas s’impêcher d’aider les autres ».
Marcel et Josette sont aussi actifs dans leur quartier, grâce à la CSF, association syndicale des familles, dont Marcel deviendra responsable départemental. Présent à l’usine, Marcel sera élu délégué CFDT. A la retraite, Marcel s’intéressera dès sa création au Comité des sages de Lens où il entrera au bureau, dirigera une commission et animera avec brio chaque année la semaine bleue destinée aux personnes âgées.
Quand le club lensois de BMU (Bassin minier Unesco) relancera la célébration annuelle de la Sainte-Barbe : il répondra présent : belle occasion de témoigner de ses souvenirs de la mine et d’y développer ses qualités
d’animateur.
Et à travers toutes ces activités militantes, Marcel restera un gai luron, capable d’égayer un rassemblement de camarades ou de rompre une tension passagère par une blague dont il a le secret. Il a toujours en réserve
quelques histoires drôles qui feraient rire un « mont d’ caillaux ». Cela détend l’atmosphère car Marcel ne se résout pas aux tensions : s’il aime le débat, il en attend des choix clairs, précis, sans procès d’intention.
C’est alors qu’arrivera cette maladie… qui prend bientôt l’allure d’une catastrophe, une catastrophe qui anéantit ses proches et ses amis. Mais, Marcel a un tempérament de battant et il se battra; il cherchera à comprendre où est le mal, ce que la médecine peut faire pour l’endiguer, le remettre debout. Il comptera beaucoup sur un répit de la maladie, un répit lui permettant de retrouver ses capacités de mouvement… sa déception sera grande, à la dimension de l’espoir. Il surmontera cette déception avec l’aide de Josette ; Josette dont on ne dira jamais assez
combien la force de sa présence fut apaisante durant ses trois mois de souffrance et l’approche de sa destinée, bien qu’elle en perdit le sommeil.
Lassé de l’hôpital, il obtiendra de rentrer chez lui. L’HAD (hospitalisation à domicile) fera merveille en soins comme en accompagnement, associant étroitement Josette à son action, requérant toujours son accord avant toute nouvelle initiative. La présence journalière de ses enfants et de son frère André, le soutien quotidien de ses proches camarades, le réseau plus large encore de ses nombreux amis, y compris ceux du « club 50 » d’Internet,
auront donné aux soins infirmiers une dimension supérieure dont il s’expliquera lui-même : sachant que le mal progresse inexorablement, et que parfois le découragement pointe le nez : « Mais je ne baisse jamais
les bras, dira-t-il, car je pense alors à tous ceux qui me soutiennent, qui pensent à moi et je repars ».
Marcel croit en Dieu. Sa maladie a revivifié cette foi reçue dans sa jeunesse. S’il se prépare au grand passage, il veut quand même comprendre comment ça se passera, comment ? quand ? Il recevra le sacrement des malades et demandera souvent la communion. « Je ne pars pas, nous dira t-il, je vais seulement dans la pièce à côté ».
Par son témoignage, son comportement Marcel transformera son entourage, ses amis proches et lointains : Marcel est devenu un témoin de Jésus-Christ, un apôtre.
Les messages reçus de ses correspondants Internet depuis le début de sa maladie témoignent de la grande humanité qui émane de la vie de Marcel. Merci Marcel pour ton exemple de militant, pour ta disponibilité aux
camarades, merci pour tes convictions, merci pour la foi en Jésus-Christ dont tu as témoigné jusqu’à la mort.
A Josette, à Hervé, à Clotilde, à Yves, et à toute ta famille, nous renouvelons, mon très cher Marcel, l’expression de notre profonde affection
Encore merci à Paul, Julien et tout ceux qui ont préparé ce texte qui nous a tant ému
André
Photo de Marcel prise en juin pendant un séjour en Corrèze
22:15 Publié dans Hommage | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
Commentaires
Merci André pour avoir mis ce texte en ligne. Il permet de mieux se rendre compte de la dimension de votre frère.
Et en même temps, je vois combien nous tous du club 50, nous l'avons en quelque sorte détourné de sa famille et de ses autres activités. Nous nous sommes concentrés sur le tout début de sa vie de mineur, quand il avait moins de 25 ans, alors qu'il était fort occupé ailleurs.
Le temps du souvenir est là, et comme vous dites, la grande humanité de votre frère fait qu'il ne sera pas oublié de mon vivant.
Mes respects à Josette, à sa famille et à vous tous.
Le grillon
Ecrit par : christian | 25.01.2008
quel exemple pour nous tous,de voir une famille si unie,et du dévouement toujours pour les autres.
belle leçon.
ANE-MARIE De Vendée
Ecrit par : anne-marie | 25.01.2008
Une vie bien remplie au service des autres...Marcel fut un homme de coeur et de courage....amitiés sincères a toute sa famille.
Ecrit par : jack | 25.01.2008
merci André de nous permettre de lire ce beau parcours de vie de Marcel. Tout est représenté, le travail, le courage, l'amour, un bel exemple d'humanité, une belle leçon de vie. Marcel ne souffre plus, je souhaite un grand courage à son épouse Josette, à ses enfants, à ses frères.Renée (région lyonnaise)
Ecrit par : Renée | 25.01.2008
Merci André de nous faire partager ce bel hommage à Marcel.
C'est avec émotion que j'y ai découvert l'Homme qu'il était et qu'il ne nous montrait que par toutes petites bribes au cours de nos échanges.
Il m'avait dit un jour avoir écrit et conservé de nombreuses notes racontant son histoire, pour ses petits enfants....quel merveilleux témoignage. Ils seront fiers, je pense de les montrer à leur tour à leurs enfants et leurs petits enfants...Ainsi Marcel vivra encore et encore à travers ses mémoires.
Bon courage à vous tous, une belle étoile brille au dessus de vous.
Anne Marie (papymamyracontezmoila vie)
Ecrit par : Anne Marie | 25.01.2008
Avec émotion je prends connaissance de ce bref résumé de la vie d'un homme honnete et courageux qui doit être un exemple pour nous tous .
Je regrette seulement de ne l'avoir pas connu davantage et plus tôt.
Claude
Ecrit par : Claude | 25.01.2008
C'est avec beaucoup d'émotions que je viens de lire le résumé fait par André ce frère bien-aimé. Je pense que d'où il est Marcel doit veiller sur toute sa famille., une nouvelle étoile brille pour vous dans le ciel.
Je remercie Patriarch de nous avoir fait connaitre le blog de Marcel - il est inscrit dans mes favoris, il y restera inscrit .
Bon courage à vous tous membres de sa famille ou de cette grande famille de blogeurs.
Bien amicalement
Ecrit par : Annick | 25.01.2008
Bonjour,
J'ai envie de passer au-dessus des pleurs ,et des larmes ...Marcel n'aurait pas voulu....Vous raconter par exemple son retour de Russie?
Voulez-vous ?
Histoire de le faire vivre encore ????
Ecrit par : Marc Delaby | 25.01.2008
Ce serait formidable de connaitre la suite de sa vie après la mine , il a eu de grandes responsabilités , et a rendu tant de services , nous avions compris qu'il était courageux , le texte qui raconte sa vie est un témoignage qui rend hommage à sa mémoire , il l'a bien mérité ! Merci à vous de nous en faire part !
toutes mes amitiés à son épouse et ses enfants , son frère André , qui peuvent être fiers de leur cher Marcel ! A BIENTÖT .....sur ce blog ..... huguette !
Ecrit par : macary huguette | 25.01.2008
bien sûr, Marc ce serait passionnant , nous attendons,
Merci de faire encore le lien avec nous, Françoise
Ecrit par : framboisine | 25.01.2008
Je pense que Marcel aurait bien aimé cette idée.
Merci à vous Marc.
Biche
Ecrit par : Biche | 26.01.2008
Marc, si vous le souhaitez, vous pouvez parvenir l'histoire du retour de Marcel de Russie, je suis sûr que ses cousins et son frère pourront en rajouter, cela permettra de continuer à faire vivre sa mémoire...
Patrick
Vous pouvez me faire parvenir le texte par e-mail, il sera mis sur le site:
patrick.delaby1@9online.fr
Ecrit par : Patrick | 26.01.2008
merci de nous faire partager ce beau texte qui nous rend encore plus attachante la figure de " Marcel" tous nous allons attendre que vous nous donniez la suite de cette si belle et si bien remplie vie , merci d'avance - à bientôt et amitiés d'astrée
Ecrit par : nicole G-astrée | 26.01.2008
Il faisait partie des notres,nous étions devenus ces amis aussi.C'était quelqu'un de bien Marcel,vraiment quelqu'un de bien.Il ne pensait qu'aux autres,lui passait après.Merci de cet hommage de Paul et Julien.
Ecrit par : heraime | 26.01.2008
boulot boulot, je ne viens faire mes visites que maintenant, et suis Heureux de toutes ces belles paroles pour Marcel...
Il doit en être content, ....
Ecrit par : Nolé | 26.01.2008
je suis la petite soeur d'héraime, sincères condoléances à toute votre famille, je suis en deuil aussi, j'ai enterré maman jeudi et revoilà que les larmes reviennent encore et encore, peut-être qu'ils vont se rencontrer là haut ....
Ecrit par : nanou | 26.01.2008
Très vibrant témoignage...
Marcel, nous ne vous oublierons pas.
Ecrit par : gazelle | 28.01.2008
Nouveau sur blog50 je n'ai connu Marcel qu'en lisant les messages d'amitiés que certains bloggers ont mis en ligne pendant les jours de sa vie terrestre.
C'est un magnifique témoignage d'Amour qui me conforte dans ma démarche personnelle puisque je suis l'ainé d'une famille de treize enfants et je fais le nécessaire pour que nous restions tous unis y compris la descendance... J'aurais pu devenir un de ses amis mais la vie en adécidé autrement!!! Merci André de faire en sorte qu'on ne l'oublie pas.
De tout coeur avec votre famille
Michel
Ecrit par : Michel | 30.01.2008



